Critique : Tarzan (2016)

Tarzan 1

Pompe Afrique.

L’homme blanc est fourbe. L’homme blanc est vil. L’homme blanc est cruel. Surtout lorsqu’il est incarné par Christoph Waltz, abonné au rôle de salaud impuissant (avec commotion d’origine clérical en prime), tâche dont il s’acquitte ici avec la souplesse dont était dépourvu, l’an passé, le rigide grand manitou du SPECTRE. Il incarne la dernière carte du roi Léopold II de Belgique, envoyée au fin fond du Congo pour monnayer quelques cageots de pierres précieuses contre la rancune d’un chef de tribut ne rêvant que de faire la peau à celui dont le titre ne saura taire le nom. Un prologue-vitrine qui sonne déjà le glas d’une œuvre bâtarde, dont les prometteuses inspirations narratives seront écrasés par les impératifs artistiques les plus artificielles du blockbuster contemporain.

Se situant quelques années après le départ du bestial John Clayton et de sa belle Jane du continent Africain, l’histoire de ce Tarzan version 2016 investit le récit d’Edgar Rice Burroughs de manière post-moderne en faisant de ces deux êtres les instruments de leurs légendes, les renvoyant régulièrement à leurs écrasants destins auxquels ils cherchent plus ou moins à échapper. Régulièrement, le film, par le regard des deux principaux personnages satellites (l’infâme Léon Rom et le faire valoir George Washington Williams), croise le mythe construit par les multiples chroniques de leurs épreuves passés à une réalité que tous s’imaginaient bien moins étincelant, à l’exception du spectateur, à qui l’on dévoile un couple conforme à ses précédentes itérations filmiques. Une ligne dramatique auquel s’ajoute la recomposition d’une époque où ne cesse de se rejouer le prélude à l’extermination des peuples et de l’exploitation sauvages des richesses locales.

Bien qu’il ne fallût pas s’attendre de David Yates, contraint de quitter prématurément la post-production de son film afin de se consacrer à la réalisation de Les Animaux Fantastiques, un miracle cinématographique (cf. les quatre derniers épisodes de la saga Harry Potter), il était difficile d’imaginer que cette séduisante entreprise de résurrection allait à ce point sombrer dans la brume des pires vulgarités narratives et visuels dont le cinéma hollywoodien contemporain peut se rendre coupable. Les producteurs ont donc eu les coudées franches pour écrire leur film sur la table de montage et d’imprimer à ce Tarzan un découpage narratif qui, en compactant la densité dramatique sans en ménager les nombreuses transitions temporelles (ellipse comme flashback arrivent ainsi comme des cheveux dans la soupe), le dépossède de tous ses plus beaux trésors. On se retrouve ainsi face à chaotique métissage où le pire (formule comique archaïque, esthétique des combats façon 300, tourbe numérique dans l’esprit du dernier Indiana Jones) étrangle le meilleur (panorama et direction artistique rappelant le King Kong de Jackson, final au parfum fugace de western – Le Train Sifflera Trois Fois et 3h10 Pour Yuma), sans parvenir à sauver les acteurs du naufrage (en tête, Alexander Skarsgaard, imberbe de toute forme de charisme). (1.5/5)

Tarzan 2

The Legend Of Tarzan (États-Unis, 2016). Durée : 1h50. Réalisation : David Yates. Scénario : Adam Cozad, Craig Brewer. Image : Henry Braham. Montage : Mark Day. Musique : Rupert Gregson-Williams. Distribution : Alexander Skarsgard (John Clayton/Lord Greystoke/Tarzan), Margot Robbie (Jane Clayton), Christoph Waltz (Léon Rom), Samuel L. Jackson (George Washington Williams), Osy Ikhile (Kwete), Djimon Hounsou (le chef Mbonga), Sidney Ralitsoele (Wasimbu), Jim Broadbent (le premier ministre du Royaume Uni).

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19 commentaires

  1. « Imberbe de toute forme de charisme » peut-être, mais quelle poilade ce fut de lire ta prose toujours aussi agile (j’adore ce titre !). Comme dit Ronnie, on en vient à regretter Weissmuller, et surtout Christophe Lambert, peut-être le moins bigleux des Tarzan produits à ce jour. Une nouvelle démonstration de l’incurie absolue avec laquelle Hollywood traite désormais ses blockbusters (à la mesure du programme désastreux qui nous attend cet été). Ne reste plus à espérer qu’ils n’en produiront pas des kilomètres comme le fit la MGM (car malheureusement Burroughs s’était lâché sur le papier).

    1. Le film a ses supporters (Max et Borat, entre autre). Chacun ses goûts, mais se satisfaire d’un film aussi bancal, laid et dépourvu de direction d’acteur (Samuel L. Jackson, condamné à écarquiller les yeux à chaque prouesse de Tarzan) me laisse perplexe.
      Et en effet, cet été s’annonce bien morose. La priorité est faite à Star Trek et BFG, le reste (Jason Bourne, Suicide Squad), si j’ai le temps et l’envie. Je tends à déserter les salles de ciné en ce moment.

  2. Partout, je lis la même chose et ces bouillies numériques se succèdent à n’en plus savoir que faire. Triste pour le cinéma de genre. En revanche, j’ai aussi adoré ton titre 🙂

  3. Pour moi un divertissement de qualité auquel je reviendrais dans les prochaines semaines. Alors oui ce n’est pas un grand film et il a des défauts (ses cgi souvent aléatoires, des flashbacks inutiles, un méchant vu et revu), mais je préfère payer ma place pour ce Tarzan qui au moins me divertit un minimum que pour le dernier film de Roland Emmerich (que je ne verrais pas avant un bail). Le film a ses arguments que ce soit sa contextualisation, cette volonté d’aller vers autre chose et quelques acteurs bien sentis (Miss Robbie et Sam Jackson en tête).

    1. Il est vrai que ce Tarzan n’est pas dépourvu de (bonnes) idées. Mais cela n’en fait pas, selon moi, un bon film, encore moins un divertissement sympathique. Il faut dire qu’il ne m’a pas du tout diverti, ni même séduit par la prestation de Margot Robbie ou les écarquillements pupillaires de Samuel L. Jackson.
      Et si cela peut te rassurer, je n’ai pas le moins du monde l’intention d’aller voir le nouveau destruction porn de Roland Emmerich.

  4. Il sentait déjà pas bon de loin ce Tarzan, mais là ça se confirme… je suis d’ailleurs étonné que le héros en slip léopard mouillé arrive toujours à remplir les salles.

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