La Revue Du Béophile N°9 : A Hologram For The King, Money Monster, The Hurricane

Musiques d’hier et d’aujourd’hui.

A Hologram For The KingA Hologram For The King – Tom Tykwer et Johnny Klimek – Lakeshore Records (44 min.) – 2016

S’il ne parvient pas à trouver les chemins de nos salles obscures, le dernier film de Tom Tykwer (The International, Cloud Atlas, Le Parfum), A Hologram For The King, toujours inédit en France, trouve en revanche celui de nos délicats pavillons avec la sortie récente du score chez Lakeshore Records. Comme ce fut le cas pour ses précédents film, le réalisateur allemand se charge lui-même de la composition de sa musique, avec la complicité de Johnny Klimek (mais cette fois sans Reinhold Heil, sans doute trop occupé par sa carrière solo qu’il mène à la télévision avec Deutschland 93 et feu Helix). Le film mettant en scène un promoteur qui, pour se remettre financièrement à flot, s’exile en Arabie Saoudite afin de vendre à un riche Emirat un vaste projet immobilier en plein désert, c’est en toute logique que le duo de compositeurs se tourne vers une instrumentation aux couleurs arabiques. Bien qu’à l’écoute, se rappelle à nous le magnifique score d’Austin Wintory pour le jeu-vidéo Journey ainsi que le célèbre Igazu de Gustavo Santaolalla, A Hologram For The King possède son identité propre, les dunes de cordes et les frémissements de guitare offrant un envoutant voyage musical. (4/5)

Money MonsterMoney Monster – Dominic Lewis – Sony Classical (40 min.) – 2016

Après avoir fait ses armes sur de modestes productions (le thriller d’espionnage Spooks avec Kit Harington, le film d’animation Free Birds), Dominic Lewis, pensionnaire de l’écurie Remote Control, obtient cette année un projet d’une plus grande importance grâce à Henry Jackman, compositeur pour lequel il a longtemps œuvré dans l’ombre et qui est intervenu en sa faveur auprès de Jodie Foster, réalisatrice de ce Money Monster. Mais ne disposant que de trois semaines pour mettre en boite son score, Lewis propose finalement une partition tout ce qu’il y a de plus commun pour le genre, de l’électro pulsatif matiné de cordes pour soutenir les moments dramatiques, recette popularisée par Harry Gregson-Williams sur Phone Game et mille fois éprouvé depuis. Heureusement, les arrangements sont suffisamment soignés et animés d’agréables variations pour se laisser écouter sans le moindre déplaisir. (3/5)

The HurricaneThe Hurricane – Christopher Young – MCA Records (57 min.) – 2000

Sortant que trop rarement des sentiers du cinéma de genre, Christopher Young développe, pour le (beau) drame judiciaire et sportif réalisé par Norman Jewinson sur le boxeur Hurricane Carter, une atmosphère flegmatique au dessus de laquelle plane l’ombre du Miles Davis de Ascenseur Pour L’Échafaud. Réunissant clavier, batterie, contrebasse, violon et trompette, le compositeur construit une subtile ligne mélodique qu’il étire sur la cinquantaine de minute que compte l’album sans toutefois lui apporter de variation majeure, ce qui explique le sentiment de longueur qui prédomine à l’issue de son écoute (on lui préféra ainsi Runaway Jury, composé cinq ans plus tard et beaucoup plus versatile tant dans les couleurs que les rythmes proposés). Cette partition en clair-obscur se clôture sur la très belle chanson d’inspiration gospel co-écrite par Young, et à des années lumières du sirupeux quiet storm performé par le groupe R’n’B Boyz II Men, So Amazing, dont le contraste saisissant qu’il offre avec le score ne peut s’expliquer que par sa fonction de véhicule pour les ventes de l’album. (3.5/5)

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4 commentaires

  1. Je ne peux m’exprimer que sur le seul film que j’ai vu des trois. Toutefois, la musique composée par Christopher Young m’est totalement sortie de l’esprit si bien que la seule BO qui me reste du film c’est « la chanson de Dylan qui est sortie au milieu des années 70 et qui m’a enfin ouvert les yeux. A moi et à beaucoup de monde. » pour citer les mots du Canadien Norman Jewison à l’époque dans la revue Le Nouveau Cinéma.

    1. Il n’est pas toujours nécessaire d’avoir vu les films concernés pour émettre un avis sur leurs musiques (là est le principal désaccord qui divise la communauté des cinéphiles et béophiles). C’est pour cela que je ne peux que te conseiller de poser une oreille attentive sur le très joli A Hologram For The King, que je n’ai pas vu mais qui, pour ce que j’en ai entendu, m’a séduit 🙂
      Concernant le biopic de Jewison, je te rassure, je n’avais moi même pas grand souvenir de sa musique (ayant découvert le film il y a près de 15 ans maintenant). Ayant acquis l’album récemment, ce fut l’occasion pour moi de parler du talentueux et bien trop rare Christopher Young.

  2. Ah, Chris Young, un autre compositeur précieux oublié par le cinoche moderne…

    Pour « Money Monster », le score de Lewis est effectivement efficace, discret dans le film et agréable à l’écoute sonore, mais je n’y reviendrai pas autant que le « Phone Booth » de HGW, autrement plus viscéral.
    En parlant de Lewis, l’omniprésence de son mentor au rayon film, séries et jeux vidéo, commence à devenir casse-pieds… :s

    1. Moi aussi, je préfère de loin Phone Booth. Incontournable pour tous ceux qui aime Gregson-Williams et apprécie la musique électronique.
      Concernant Jackman, son omniprésence ne me dérange pas dans le sens où ses productions sont souvent au dessus de la masse musicale produite par Remote Control. Ceci étant, je suis toujours triste qu’il ait succédé à Edmonson sur Uncharted.

      Et rien à ajouter concernant Young, que les studios ont injustement jeté aux oubliettes.

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