Critique : Le Bon Gros Géant (2016)

Le Bon Gros Géant 1

Rencontre d’un autre type.

Sophie (Ruby Barnhill, toute à la fois pétillante et insipide), jeune orpheline anglaise superstitieuse mais hardie, est ravit de son établissement d’accueil par le géant dont elle vient de découvrir l’existence. Alors retenue prisonnière par son intimidant ravisseur afin que ne soit colporter la nouvelle de son existence secrète dans le monde des Hommes, elle découvrira que ce Bon Gros Géant auquel Mark Rylance prête ses traits (doublé par la voix française de Danny Boon, dont les tournebidouillages de langage lui vont comme un gant), récemment oscarisé pour avoir incarné un autre Janus sous l’œil du même réalisateur, n’est autre qu’un gentil souffleur de rêve au cœur tendre. Une exception dans une communauté où la règle est de préférer le goût juteux de la chair fraîche aux peu ragoutants schnockombres.

Ad-nauseam, la presse cite Hook et E.T. L’Extra-Terreste, points cardinaux du territoire de l’enfance cher à Steven Spielberg, afin de brosser le portrait de son dernier né. Ce lopin de terre par delà les nuages, où jouent et dorment ces Buveur de Sang et autres Avaleur de Chair Fraîche, possède effectivement ce zeste du Pays Imaginaire que le Peter Pan du septième art a jadis parcouru. Cette amitié à laquelle est suspendue ces deux personnages solitaires réveille sans doute le souvenir de la relation fusionnelle qui unissait Elliott à l’extraterrestre naufragé. Mais aux côtés de ces truismes plane également d’autres références, comme La Liste De Schindler lorsque Sophie, pour échapper aux monstrueux colosses, est contrainte de se dissimuler dans le côlon d’un répugnant cucurbitacée au parfum de latrines, ou lorsque le film choisit de se refermer sur une phrase que l’on jurerait sorti du Talmud (« Tu as sauvé tout le monde »). Ainsi, qu’importe les parallèles, le monde de Spielberg, d’une admirable cohérence thématique, répond toujours à une même logique ; permutant les corps et les personnalités (les corps adultes abritant des âmes d’enfants, et inversement) ; provoquant a rencontre de deux êtres d’horizons différents.

Ainsi, le réalisateur part à celle de l’univers surréaliste de l’écrivain anglais Roald Dahl (et de l’esthétique caricaturale de son illustrateur, Quentin Blake), auteur du roman original. L’enchantement propre au cinéma de Spielberg, et dont la lumineuse partition du monstre Williams est toujours porteuse, se mêle ainsi à l’humour irrévérencieux cher à l’écrivain gallois (le sort détonant qui est réservé à la reine mère d’Angleterre). Malheureusement, bien que les éclats de rire et l’émotion affleure tout au long des deux heures que compte le film, le cinéaste ne renoue pas avec l’inspiration dramatique et la virtuosité technique des beaux jours. Ce Bon Gros Géant (Le BGG, dans sa contraction enfantine et puissamment barbare) est ainsi dépourvu de cette chaleur humaine qui ont fait la magie de ses plus belles pièces cinématographiques. (3.5/5)

Le Bon Gros Géant 2

The BFG (États-Unis, 2016). Durée : 1h57. Réalisation : Steven Spielberg. Scénario : Melissa Mathison. Image : Janusz Kaminski. Montage : Michael Kahn. Musique : John Williams. Distribution : Ruby Barnhill (Sophie), Penelope Wilton (la Reine Elizabeth II), Rebecca Hall (Mary), Rafe Spall (Mr. Tibbs). Distribution Vocale (V.O.) : Mark Rylance (le Bon Gros Géant), Jemaine Clément (le Géant Avaleur de Chair Fraîche), Bill Hader (le Géant Buveur de Sang). Distribution Vocale (V.F.) : Danny Boon (Le Bon Gros Géant).

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18 commentaires

  1. Bon gros morceau de sucre j’ai l’impression si j’en crois ton article, avec un peu d’amertume à l’intérieur. Spielberg s’est un peu pris les doigts dans la chocolaterie, péché de gourmandise dont je me rendrai sans doute complice un de ces jours, mais sans doute pas en public.

  2. Le nouveau cru tant attendu de Spielberg mais un léger désappointement au niveau de la magie du film, pourtant l’apanage du cinéaste américain

  3. Un très bon film familial n’ayons pas peur de le dire, ne prenant pas son public pour un idiot. Reste encore qu’il se déplace et ça c’est malheureusement autre chose. Un film merveilleux avec quelques défauts pétomanes, mais qui passe crème. D’autant que Spielby a appris de l’expérience Tintin en faisant des plans longs jouant parfaitement de la scénographie.

    1. Je trouve que ce film a néanmoins plus d’émotion que Tintin, c’est aussi cela qui fait le charme de ce film.

  4. Je passerai également mon tour. Un film Disney que Spielberg devait contractuellement faire dans le cadre de la sortie de l’accord de distribution de DW par Disney, tourné aussi par amitié pour une Melissa Mathison déjà malade (cf le serpent de mer ET 2…), le livre probablement le plus inadaptable de Roadl Dahl (et pas le plus intéressant), un film mi-animation mi-performance capture, technique qui ne me semble pas forcément idéale pour Spielberg (j’ai des réserves sur Tintin), autant d’éléments qui me faisaient voir ce projet d’un mauvais oeil depuis le départ (alors que Spielberg avait tant d’autres projets plus intéressant en préparation), en me demandant pour quel public il était destiné. Même pas sûr de le voir en DVD.

    A te lire, je n’ai rien à regretter (je ne suis pas sûr d’avoir compris ta référence à ET en revanche. Hook est mauvais, mais ET est un grand film, pas du tout infantile).

    1. Merci Strum pour ces infos qui éclairent un peu plus ma lanterne devant ce projet et qui ne m’invitent guère à partir explorer le monde du BGG. Pas vu « Hook » car sa réputation m’a toujours fait fuir. Et je plussois concernant « ET », un grand Spielberg.

    2. Oui, merci Strum pour ces précisions qui permettent d’appréhender le contexte de production de ce film divertissant et très agréable, mais qui ne restera sans doute pas dans les anales de son réalisateur.
      Concernant la référence à E.T., je me suis sans doute mal exprimé. Ce que je voulais dire, c’est que lorsque on parle « d’enfance » dans le cinéma de Spielberg, on cite irrémédiablement E.T. et Hook. Il n’y avait aucun jugement de valeur dans ma réflexion, car nous sommes tous d’accord ici pour dire que E.T. est le grand film que Hook ne sera jamais.
      Du coup, je vais essayer de tourner ma phrase d’une autre manière afin de rendre cette idée plus claire 🙂

  5. J’avoue que le film ne m’a pas particulièrement touché et que je l’ai trouvé trop long pour ce qu’il racontait, mais il est impossible de nier le talent intact de conteur du maître Spielberg. Et puis forcément, après le « Pont des Espions », comment s’attendre à plus mémorable… 🙂

    1. Le Pont Des Espions est un grand film (plus grand depuis que je l’ai redécouvert). BGG n’est pas un grand film, c’est clair. Ceci étant, je trouve que la critique a été dure à son encontre. Il est bien moins stupide que la majorité des productions pour enfant sorties ces derniers temps.

  6. Je suis de plus en plus déçue par les Spielberg, dont je trouve les derniers scénarios trop légers, trop ténus… Ce BGG ne me dit rien qui vaille. Mais je le verrai sûrement quand même. On ne peut pas lâcher Spielberg comme ça. Spielberg est une drogue dure.

    1. Tu changeras (peut-être) d’avis après avoir vu Le Pont Des Espions, qui est un excellent film. Ce BGG l’est un peu moins, même s’il reste, pour moi, un beau divertissement.

  7. Malgré sa maestria visuelle (son Tintin est magnifique), j’ai quelquefois du mal avec Spielberg. Et je pense que cet opus n’est pas fait pour moi même s’il conserve des qualités.

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