Critique : Suicide Squad (2016)

Suicide Squad 1

Pétard mouillé.

Après un Captain America: Civil War et un X-Men Apocalypse passablement ennuyeux, débarque sur nos écrans Suicide Squad, énième adaptation d’un comics autour duquel la presse cinématographique fit largement ses choux gras, relayant quasi quotidiennement les avancés de la production (le look du Joker fit alors grand bruit) et les folles anecdotes qui ont émaillé son tournage (Leto envoyant gibiers morts et plugs anaux à ses camarades de jeu pour mieux embrasser la folie de son personnage). Un enthousiasme que les diverses bandes-annonces et affiches, revêtant toutes leurs habits de lumières fluorescentes baveuses, finirent définitivement à enflammer sur ce qui s’annonçait comme un divertissement insolent et corrosif.

Finalement, nulle impertinence ne traverse cet inoffensif spectacle qui se donne pourtant l’air d’en avoir dans le pantalon. Les affreux guérilleros envoyés au charbon pour faire redescendre d’un étage une Enchanteresse préférant mener sa barque en solo plutôt que de se plier à une agent du FBI sans foi, ni loi (Viola Davis, la seule vraie « salope » du film) n’ont malheureusement pas l’âme de ces vrais salopards que l’on s’attendait voire débouler à l’écran. Une faillite que cristallise le capricieux Will Smith, acteur réputé pour interférer dans l’écriture de ses personnages, et qui attendrit ici la chair de son Deadshot au point d’en faire une chiffe molle préoccupé par la garde de son enfant. Captant, avec Harley Quinn (Margot Robbie, à son aise dans la schizophrénie romantique de son personnage), tous les regards, il imprime la cadence à cette horde prétendument sauvage, chacun des membres se voyant alors griffé de sa petite blessure secrète. Un parti-pris pour le moins incohérent tant les intentions originelles appelaient un traitement autrement plus radical, bien que dans l’ère d’un temps où ne cesse d’être disputé l’ambiguïté du mal. Encore aurait-il fallu pour cela que cette réflexion soit menée avec un minimum d’intelligence, ce dont est largement dépourvu ce long-métrage.

À David Ayer et Warner d’achever l’illusion de ceux qui espéraient alors assister à un divertissement bien membré. Toujours sous influence des pères fondateurs du cinéma d’action contemporain (Sam Peckinpah, pour ne citer que le plus évident), le réalisateur, qui a fait des ceintures suburbaines et leurs violences son royaume, tente de s’inscrire, dans la seconde partie du récit, dans les pas de John Carpenter en transformant la grosse pomme en une prison à ciel ouvert pour notre escadron suicide. Une identité qui ne lui suffit pas à emballer son action, certes lisible lorsque la photographie, excessivement terne, lui en donne l’occasion, mais exempt de cette fureur que le projet, sur le papier, appelait de ses vœux. Quant au studio, échouant à tirer les conclusions de l’échec de son Batman V. Superman, il reproduit sur ce Suicide Squad les conditions d’un nouveau naufrage, l’impatience du montage (qui sacrifie, au passage, la performance pachydermique offerte par Jared Leto), associée à la multiplicité des intrigues subsidiaires, ne permettant pas au spectateur profane de comprendre et accueillir le background mythologique que ce projet tenait à mettre en place. (1.5/5)

Suicide Squad 2

Suicide Squad (États-Unis, 2016). Durée : 2h03. Réalisation : David Ayer. Scénario : David Ayer. Image : Roman Vasyanov. Montage : John Gilroy. Musique : Steven Price. Distribution : Will Smith (Floyd Lawton/Deadshot), Margot Robbie (le docteur Harleen Quinzel/Harley Quinn), Joel Kinnaman (Rick Flag), Viola Davis (Amanda Waller), Cara Delevingne (Juna Moore/l’Enchanteresse), Jai Courtney (Digger Harkness/Boomerang), Jay Hernandez (Chato Santana/El Diablo), Jared Leto (Le Joker).

 

Publicités

21 commentaires

  1. Un pétard mouillé, comme tu le dis si bien. Un film de méchants qui finalement ressemblent à n’importe quel super héros, dont les ambitions sont floues et dont on se fiche finalement. C’est bête, parce que je suis bien conscience des défauts monstrueux de ce film ( dans son montage, dans la présentation de ses personnages, dans son vrai méchant ridicule au possible, dans tout peut-être ), mais j’ai quand même de la sympathie pour ce film, la faute à Harley Quinn qui vient rehausser le tout ?

  2. Je n’attendais ni insolence, ni corrosion dans ce spectacle tout public, mais au moins l’embryon d’une histoire qui me fasse de l’œil. Je n’ai trouvé qu’une galerie de faux durs-à-cuire et un couple punkoïde sous acide (un peu gras, peut-être) et un grand vide autour. La mythologie en prend un méchant coup dans l’aile, sans compter ceux qui nous attendent dans la « Justice League » ! Quand on voit Batman et Superman version Snyder, D.C. c’est Déprime et Compagny avec leurs tronches de traumatisés de la vie. Bientôt ce ne sera plus Suicide Squad mais Suicide Club !

    1. Je ne jugerais pas de l’orientation très dark des adaptations DC Comics, qui en vaut bien une autre, et que l’on apprécie ou non. Ce qui me dérange dans le cas de Suicide Squad (n’ayant pas encore vu BVS), c’est que ce n’est pas assumé à 100%, se forçant d’y injecter de l’humour et des backgrounds en carton pour les rendre moins détestables.

    2. Pas assumé car tout est lissé pour plaire au plus grand nombre. Le montage salle sert à ça, en permettant aux déçus comme Borat de garder de l’espoir avec un montage plus fidèle aux idées du réal sur Blu-ray. Une bonne méthode pour doubler la mise côté Warner. Personnellement, je crois que remontage ou pas remontage, ça ne changera pas grand chose à cette histoire navrante d’Enchanteresse qui prend ses aises, ni au côté gnangnan du Deadshot façon Will Smith. Le film qui aurait eu de la gueule n’a simplement été ni écrit, ni filmé.

    3. En effet, il se pourrait que Warner et DC ait trouvé, avec le cas Batman V. Superman, la parade, multipliant les recettes de leurs films sans pour cela devoir fournir de gros efforts financiers supplémentaires. Et bien que David Ayer clame qu’il n’y aura de version longue, il a finalement trop peu de poids pour décider ainsi de l’avenir de son film.

  3. Pas vu et pas envie de le voir. Encore un pétard mouillé visiblement qui manque dà la fois de virulence, de fougue et de condescendance

  4. J’ai bien aimé. En revanche j’ai des réserves notables. Déjà j’attends une annonce sur un possible second montage, car ça commence à me gonflé que Warner perde ses moyens par deux fois à cause de projections test ou la peur de la séance supprimée pour se faire plus de fric au détriment de l’artistique. On a vu ça sur BVS qui s’est fait incendié à sa sortie et où toutes les grosses mauvaises critiques ont retourné leur veste face à l’ultimate cut. Puis ça se voit dans les bandes-annonces ,il y a beaucoup de plans même futiles qui sont dedans. On voit qu’il y a eu un revirement suite aux reshoots d’avril-mai faits peu après la publication de la troisième bande annonce.
    Ensuite je l’ai vu en vf et le personnage du Joker y perd énormément. Sa vf est désastreuse, puis je n’aime pas son look gangsta rap. En revanche j’aime bien son aspect romantique avec Harley malgré que ce soit une histoire d’amour toxique et plus que glauque.
    Katana je ne comprends pas sa présence, elle ne sert à rien dans le film. Slipknot n’en parlons même pas. Jay Courtney est nul à chier (comme d’hab) et Cara Delevingue joue vraiment mal avec ou sans cgi qui l’entoure.
    L’introduction est encore une preuve des remontages multiples, on a l’impression qu’on nous balance dix mille informations en un quart d’heure. Sans compter les écritos qui apparaissent en deux secondes ,toujours plus gros et que tu arrive difficilement à lire car passent trop rapidement. Sans compter les couleurs flashy et des plans gâchés en pagaille. Dans les flashbacks d’Harley c’est glauque et avec la couleur ça paraîtrait presque cool.
    Sinon pour le reste, le film m’a paru divertissant, pas dégueulasse à regarder dans l’ensemble, fidélité aux comics et certains personnages ressortent bien. Puis surtout je trouve l’univers dc bien plus cohérent par ce film. Dans BVS tu avais l’impression qu’ils s’obligeaient à raccrocher des wagons. Là ça passe tout naturel. Pas besoin de teasing vulgaire à la Marvel pour créer un univers.

    1. Tu es bien clément avec un film auquel tu trouves pourtant énormément de défauts. Mais passons…
      Concernant le Joker, moi aussi, je ne suis pas fan de son traitement. Pas tant pour ses attitudes de gangsta mais pour son manque de second degré. Lorsqu’on a été habitué à cette personnalité sarcastique mise en scène dans les films de Burton et de Nolan, la version proposé par Ayer a de quoi surprendre.

    2. Trouver des défauts à un film ne veut pas dire qu’il est totalement mauvais. 😉 Juste que cela me saute aux yeux. 😉

    3. On en est pas loin c’est vrai. J’espère juste que Warner assumera ses erreurs et balancera une autre version, car si non, cela ne va pas être possible.

  5. Pour le coup « pétard mouillé » est l’expression qui va le mieux à ce film décevant au possible après l’omniprésence médiatique. Malheureusement les chiffres parlent d’eux même et après avoir amasser autant d’argent je pense que le patron de la Warner voit en ce film une franche réussite. Je me demande ou le blockbuster va mais il y fonce.

  6. J’avoue que comme pour BvS, on sentait le pétard mouillé poindre à cent mètres. C’est même amusant de voir que le manège de Synder soit plus « sujet à controverse » que ce film tout aussi terne et sans aspérités. J’applaudis tout de même les markéteux pour leur campagne, parce qu’on y sent davantage l’effort et les brouzoufs mis en œuvre :p

  7. C’est vrai que pétard mouillé c’est parfait ici. Et comme Bat vs Super, il y a bien une version longue proposée, dont j’entends ici et là, en restant quand même sacrément dubitatif, qu’elle rend davantage justice au récit… Mais, je parie bien davantage sur deux trois scènes ajoutées plutôt que sur un second montage et même avec des minutes en plus, je ne crois pas que le film gagne vraiment en intérêt. Peut-être le Joker y serait-il valorisé, ce que mériterait bien le pauvre Jared (qui je crois à un petit peu dit du mal du film…).

Poster un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s