[Critique Film] Blood Father (2016)

Blood Father 1

On the road again.

Mad Mel revient, surgissant du royaume des morts, le cheveu carbonisé par les années passées sur le bûcher médiatique, les nombreux canyons longeant sa région orbitale creusés par ses périodes d’ivresses. Il entame là un de ses grands retours que l’on ne compte plus (Hors De Contrôle, Le Complexe Du Castor, Machete Kills, The Expendables 3), cette fois devant la caméra d’un frenchie, Jean-François Richet, auteur (entre autre) du diptyque consacré à Mesrine et du mésestimé Assaut Sur Le Central 13.

La lecture première que l’on a de ce Blood Father, titre sous lequel s’affiche cette entreprise rédemptrice, est chevillée au parcours passé de son acteur principal. Par cet état des lieux inaugural, d’abord, dont le caractère accablant est entériné par la géographie accidenté du visage de Mel Gibson. Ce physique qu’il offre à John Link, ancien taulard et alcoolique payant La Rançon de ses erreurs passée en vivant reculé du monde dans un mobile-home miteux accoudé à une communauté de repentant, isolé au cœur d’un désert devenu le purgatoire de ces vices qu’il s’efforce à faire taire, concrétise l’historicité humaine que le script nous trace. Par cette escale chez son père spirituel, ensuite, écho à son prétendu anti-sémitisme et au reniement de sa corporation. Ce procédé de la mise en abîme, figure récurrente et désormais incontournable de tous ces longs-métrages prétendant faire revenir un monstre du cinéma à l’agonie, fonctionne ici à plein régime.

Mais, très tôt, Jean-François Richet, invoquant le génie pictural de John Ford dans les interviews sans néanmoins disposer de son talent, explose son moteur. Sur cette route balisée de mille et une incohérences et stupidités élaborées par le duo de scénaristes à l’œuvre, où quelques silhouettes familières (William H. Macy, Diego Luna, Michael Parks) en habitent anecdotiquement cet espace infini qu’une caméra palpitante ne parvient à sublimer l’imposante majestuosité, hurle les paradoxes législatives et les errances idéologiques de la société américaine, rugit l’infernale mécanique d’un abrutissant et vain ton sarcastique, Arme Fatale de cette cavale sans fièvre. « Trop vieux pour ces conneries, le Gibson ? ». Ce baroudeur, emblème d’un monde sur le déclin, prouve néanmoins qu’il en a encore sous la botte pour incarner les durs à cuire. Mais sur cette bécane, il ne fera que passer, sans imprimer son image dans nos mémoires. (1.5/5)

Blood Father 2

Blood Father (France, 2016). Durée : 1h28. Réalisation : Jean-François Richet. Scénario : Peter Craig, Andrea Berloff. Image : Robert Gantz. Montage : Christopher Tellefsen. Musique : Sven Faulconer. Distribution : Mel Gibson (John Link), Erin Moriarty (Lydia Link), Diego Luna (Jonah), William H. Macy (Kirby Curtis), Michael Parks (Le Prêcheur).

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22 commentaires

  1. Pas vu mais pas très envie de le découvrir. Dommage car le rôle semble tailler sur mesure pour Mel Gibson, un acteur devenu trop rare sur nos écrans

  2. C’est pas encore cecoup-ci que notre Richet va redorer son blason. Remarqué pour « Ma 6T va craquer » (mouaif), il s’est définitivement grillé en allant bosser aux states : dans mon souvenir, il n’y avait rien à sauver de son remake d’ « Assaut », sinon qu’il rehausse le film de Carpenter au rang des grands films, et son « Mesrine » me semble aujourd’hui bien surestimé.
    Quant à Gibson il ferait mieux de retourner à ses guitares ou à son cyberpunk. 😉

    1. Je ne peux juger Assaut Sur Le Central 13 autrement que comme un agréable divertissement, n’ayant pas vu l’original signé Carpenter. En revanche, je te rejoins totalement concernant le surestimé biopic consacré à Mesrine.
      Par ailleurs, la réalisation de Richet, quel que soit le film que j’ai vu de lui, n’a rien de très cinématographique. Elle se rapproche davantage du téléfilm.

    2. A l’origine « Assaut » est un génial démarquage de « Rio Bravo » de Hawks, revu et corrigé après le choc de « la nuit des morts vivants ». Richet a repris le script de Carpenter, très sec et minimaliste, à une sauce plus gouleyante aux yeux des producteurs. Forcément, la comparaison avec l’original lui fait du tort. Etonnamment, c’est un autre Français qui aura proposé avant lui un démarquage original et plutôt bien fichu d’ « Assaut », c’est Siri et son « Nid de guêpes ».

    3. Je suis bien d’accord avec toi là-dessus, même si « Otages » ne jouit guère d’une très bonne côte dans le coeur des cinéphiles. J’avoue avoir quelque peu lâché Siri depuis ma déconvenue avec « Cloclo ». J’attends qu’il me séduise de nouveau.

    4. Pour ma part, j’avais plutôt apprécié son Cloclo, bien que loin d’être son meilleur film (Otages, Nid de Guêpes, et surtout L’Ennemi Intime sont biens meilleurs). Ce sont les choix techniques, très ostentatoire, et le jeu en demie teinte de Jéremie Renier, qui m’ont dérangé.
      Par contre, je ne sais pas du tout ce que vaut son Pension Complète (mais vu son casting, j’ai bien peur que la chose ne vole pas très haut).

    5. « Cloclo » m’a fait le même effet que « la Môme », une sorte boursoufflure noyée sous les prothèses. Je n’ai pas tenté la « pension complète », peut-être un jour de déprime pendant les vacances, on verra. Pas vu non plus la série « Marseille » mais je crois que je n’ai rien raté au vu des critiques plus assassines les unes que les autres. Tout ça fait oublier que « l’ennemi intime », sans être le chef d’œuvre attendu sur la Guerre d’Algérie, c’était pourtant pas si mal.

  3. J’ai passé un bon moment. On a déjà vu ça, la réalisation de Richet manque parfois de punch, mais c’est sympathique et ne se prend pas pour plus ce qu’il n’est (la différence d’un Expendables). Puis il y a Mel Gibson qui est vraiment absolument super.

    1. Ouais, perso, pas convaincu par le film, ni par la technique de Richet.
      Du reste, je pense que Blood Father prétendait au moins à être un solide divertissement. Ce qu’il n’est pas, à mes yeux.

    2. Perso j’en attendais pas grand chose si ce n’est au moins Mel Gibson au top. C’est le cas. Après ça ne casse pas trois pattes à un canard mais ça remplit son contrat de film d’action du samedi soir.

    1. Selon les premières critiques de Venise, c’était du très grand Mel Gibson. Au vue de la bande annonce j’y crois très fortement.

  4. Je suis pas particulièrement emballé lar le ciné de Richet, j’avoue être allé le voir surtout pour cette belle gueule cassée de Gibson, et cette curisoité de savoir de savoir comment ce récit allait le faire « renaître » à l’écran, à l’instar du « Complèxe du Castor » (qui était pas mal à défaut d’être mémorable).

    1. Perso, j’avais énormément apprécié Le Complexe Du Castor en partie parce que, à cette époque, la leçon de vie dispensée par ce film entrait en résonance avec ce que je rencontrais alors.
      En tout cas, à en lire la critique publiée sur ton blog, tu sembles avoir davantage trouvé ton bonheur dans ce thriller d’action.

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