[Critique Film] Juste La Fin Du Monde (2016)

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Un air (raté) de famille.

C’est le coeur lourd que Louis, brillant dramaturge, part visiter les siens, après douze ans d’une absence à peine palliée par une poignée de cartes postales. Il ignore la nature de l’accueil que lui réserveront ses proches ; son frère ainé, Antoine, sa mère, Martine, sa soeur cadette, Suzanne, qu’il connait à peine, et sa belle-soeur, Catherine, pour qui elle n’est qu’une parfaite inconnue. Éventuellement, ils se réjouiront de son retour miraculeux. Probablement qu’ils lui reprocheront cette longue séparation dont la raison leur demeure toujours obscure. Sans doute se demandent-ils déjà quel est ce vent qui le porte aujourd’hui auprès d’eux. Ce terrible message qui l’amène, Louis ne sait encore quel sera le bon moment pour le leur délivrer. À la fin du déjeuner. Au dessert, peut-être. Ce dont il est sûr, en revanche, c’est qu’il ne restera pas.

Partir trop tôt. Revenir trop tard. L’obsession du moment opportun enferme cet oiseau de mauvais augure déjà prisonnier du cadre que lui pose Xavier Dolan. Les expressions, le regard et le sourire de façade de Gaspard Ulliel témoigne parfaitement du degré d’inconfort ressenti par son personnage dans ce présent qu’il ne parvient pas habiter. Il demeure ainsi spectateur distant d’une rencontre qu’il a pourtant lui même souhaité. « Même quand il est là, il n’est pas là » . Malheureusement, de l’autre côté de l’écran, nous ne sommes pas davantage attentif. On entend des voix, des paroles, hurlées, bégayées, murmurées. Les mots se bousculent dans la timide bouche de Marion Cotillard, insupportable mais émouvante, ou sont crachés de manière véhémente par un Vincent Cassel engoncé dans l’horripilante nervosité de son personnage. Et cette maison de famille, pareille au travestissement de Nathalie Baye, se pare d’une hystérie ornementale oppressante tant pour le regard que pour les nerfs. Mais là est l’effet recherché par le réalisateur, qui aime agacer son audience. On ne peut donc lui tenir rigueur de ces excès, juste affirmer que ce n’est pas notre came.

Ce n’est lorsque vient le silence que Dolan, maître de sa caméra, de son montage et de sa bande son – où le talentueux Gabriel Yared côtoie Moby, Camille et Exotica – love son lyrisme dans ces souvenirs délicieusement ingénus vers lesquels l’esprit de Louis tend à s’échapper. En suspension, ces précieux moments, rares, nous emportent. Mais Juste La Fin Du Monde de retrouver très vite sa mécanique bavarde et lénifiante, nous laissant compter les minutes qui nous sépare de ce qui n’aura finalement jamais lieu. Louis est encore sur le pallier que tous ont déjà repris leurs habitudes. Alors, celui qui n’est parvenu à bouleverser leurs vies, est pénétré par une dernière vision onirique. Il rêve d’un oiseau échappant au mouvement pendulaire que lui impose le temps. Ce coucou, c’est lui, en quête de légèreté. Mais lorsque viendra ce moment de liberté, il sera sans doute trop tard. (2/5)

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Juste La Fin Du Monde (Canada, France, 2016). Durée : 1h35. Réalisation : Xavier Dolan. Scénario : Xavier Dolan. Image : André Turpin. Montage : Xavier Dolan. Musique : Gabriel Yared. Distribution : Gaspard Ulliel (Louis), Nathalie Baye (Martine), Léa Seydoux (Suzanne), Vincent Cassel (Antoine), Marion Cotillard (Catherine).

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13 commentaires

  1. Voilà que tu t’attèles à mon Québécois préféré 🙂 . Tu te doutes que je n’ai pas fait l’effort d’aller voir « juste la fin du monde » en salle (c’est « juste pas possible ») et je savoure, en te lisant, l’idée d’avoir échappé au calvaire de cette projection.

  2. Très bonne critique, mais pas franchement grande envie de voir le dernier Dolan en salle, même si Cassel figure en tête d’affiche. « Mommy » était peut-être le seul film que j’ai vraiment apprécié dans sa filmo.

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