Critique : La Valse Des Pantins (1983)

La Valse Des Pantins 1

Quart d’heure de célébrité.

Pour La Valse Des Pantins, ce fut celle des réalisateurs. À l’origine, le scénariste Paul D. Zimmerman marmonne à Martin Scorsese une intention, une idée de comédie autour d’un homme vouant un culte insensé pour une célèbre émission de télévision, dans l’espoir sans doute que l’étoile montante du cinéma américain se charge de sa mise en scène. Mais les productions légères, ce n’est pas vraiment son truc, à Scorsese, préférant s’investir en des projets en harmonie avec son mental, dépressif à l’horizon des années 70. Au contraire, le cinéaste Milos Forman, tout juste descendu de son Nid De Coucou, montra d’emblée un intêret pour ce scénario, qu’il remania durant des semaines avant que la frilosité des studios ne l’oblige à jeter l’éponge. Le script tomba alors entre les mains de Robert De Niro, qui en soumit d’abord la lecture à celui qui l’entraina jadis dans un Voyage Au Bout De L’Enfer. Malheureusement empêtré dans sa Porte Du Paradis, Michael Cimino se voit contraint de décliner l’offre faite par l’acteur. C’est ainsi que, sur le tournage de Raging Bull, ce dernier éveille la curiosité de son ami Martin Scorsese à ce script. Mais cette fois, le sujet inspire le réalisateur, le récent assassinat de John Lennon par Mark Chapman lui apportant les idées noires nécessaires pour éclairer le trait comique de Zimmerman. Ainsi donc né un drôle d’olibrius, Rupert Pupkin, un comique amateur aspirant à devenir The King Of Comedy, la nouvelle figure de proue du Jerry Langford Show ainsi que le confident de son présentateur vedette. Il se voit d’ailleurs déjà en haut de l’affiche, déjeunant au côté de son idole, lui prodiguant des conseils avisés concernant son programme. Pour lui, il ne fait aucun doute que son génie humoristique et son dévouement le conduira à la célébrité, joignant dors et déjà sa signature à celles des plus grands, soigneusement consignées dans son livre d’or. Mais derrière l’inoffensive moustache du brillant De Niro, se cache cette lignée de cas psychiatrique qu’affectionne tout particulièrement le réalisateur. L’imaginaire réconfortant que cet hurluberlu se crée dans sa cave déborde alors littéralement de la narration, la fiction (les projections mentales de Rupert concernant l’hypothétique future relation qu’il pourrait établir avec Langford et son émission) assaillant le réel dans un montage au cordeau où illusion de réalité et réalité de l’illusion se superposent alors que le chemin menant sous le feu des projecteurs se révèle à lui de plus en plus tortueux. « Come rain or come shine » chante d’ailleurs Ray Charles en ouverture, expression de cet inconditionnel (mais unilatéral) amour liant le fan à son idole. La Valse Des Pantins n’a donc pas pour vocation de lever le rideau sur ces leviers psychologiques conduisant à ce fanatisme auquel sa complice névrosé incarné par la truculente Sandra Bernhar apporte une nuance supplémentaire. Il accorde davantage une scène à leurs démesures et leurs obsessions dévorantes pour l’éclat triste de cette célébrité offert, en marge, par le regard de Jerry Lewis. C’est ici que bat véritablement le cœur de son discours, portrait caustique de ces éblouissantes gloires que l’on dit faire la pluie et le beau temps sur les ondes mais dont l’image demeure finalement captive des producteurs et de leurs admirateurs, tel des pantins esclaves de leurs marionnettistes. (4/5)

La Valse Des Pantins 2The King Of Comedy (États-Unis, 1983). Durée : 1h49. Réalisation : Martin Scorsese. Scénario : Paul D. Zimmerman. Image : Fred Schuler. Montage : Thelma Shoonmaker. Distribution : Robert De Niro (Rupert Pumpkin), Jerry Lewis (Jerry Langford), Sandra Bernhard (Masha), Dianhnne Abbott (Rita), Shelley Hack (Cathy Long), Tony Randall (Tony Randall).

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13 commentaires

  1. Une comédie cynique et magistralement réalisée par un Scorsese plus en forme que jamais. Dommage que le réalisateur n’ait pas poursuivi dans ce registre « comique amer »

  2. J’ai d’abord cru à l’annonce d’un remaniement ministériel mais non, il s’agit bien de ce très bon Scorsese par trop laissé pour compte entre les uppercuts du « Raging Bull » et les magouilles des « Affranchis ». Je te rejoins totalement sur le traitement cynique de la célébrité (que j’ai vu, comme Oliver, il y a trop longtemps hélas) qui annonçait déjà les débordement ridicule de nos programmes poubelles actuels. Il y a évidemment beaucoup de Travis Bickle dans la névrose de Rupert Pumpkin (quel nom !), deux types qui souffrent d’être perdus dans l’anonymat angoissant de la Grosse Pomme.

    1. Et Dieu sait si valse des pantins est parfois longue sur ces latitudes gouvernementales, d’autant plus que la menuiserie politique est la seule profession à ne pas connaitre la crise.
      Mais c’est bien celle, plus méconnu, dirigé par Scorsese qui nous intéresse ici.
      « l’anonymat » : voilà qui défini parfaitement le malaise dont est victime l’esprit de Pumpkin.

    1. Heureusement, il semble faire partie de ces œuvres qui connaissent un regain de popularité par le culte discret dont il fait l’objet dans la communauté cinéphile.

  3. Je trouve que perso, Pupkin est un des rôles les moins appréciés et pourtant un des plus mémorables de la carrière de De Niro, et Jerry Lewis à contre-emploi participe aussi à la réussite du film. Je me demande si les fans de Scorsese boudent vraiment ce film à ce point 🙂

    1. Je pense que les fans de Scorsese (tout du moins, la nouvelle génération) tendent à réhabiliter ce film dans la mémoire cinématographique. Un peu comme Sorcerer, finalement.

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