Critique : 10 Cloverfield Lane (2016)

10 Cloverfield Lane 1

Inside Out.

Produit dans le plus grand secret, 10 Cloverfield Lane est parvenu, en à peine deux mois et autant de bandes annonces, à piquer au vif la curiosité des cinéphiles, ravivant pour cela le souvenir laissé par Cloverfield, un keiju eiga accommodé au canon du found-foutage, tourné sous le patronage de J.J. Abrams et de sa société Bad Robot, et dont ce long métrage, par son titre, se réclame être le lointain parent. Mais l’apocalypse urbain vu par l’oculus d’un dispositif « amateur » offerte jadis par Matt Reeves se dérobe à nos yeux alors que la belle Michelle fuie la captivité conjugale pour se terrer à la campagne, prélude à une violente sortie de route que négocient les scénaristes Damien Chazelle, Josh Campbell et Matthew Stuecken. À son réveil, sous perfusion et enchainée entre quatre murs nus, elle rencontre Howard, son geôlier, qui lui affirme que la surface terrestre a été ravagé par une sombre attaque bactériologique et que cet abri souterrain auto-suffisant est sa seule chance de survie, parole à laquelle se soumet volontiers Emmett, l’autre brebis égarée de cette arche. Les manières violentes de cet hôte inspirant à la jeune femme davantage la méfiance que la confiance, elle improvise son évasion qui la met finalement face à la triste réalité. Dans la lumière du jour, la mort jaillit, écrasant les désirs de dérobade. L’intrigue, dès-lors contrainte à demeurer sous terre, tourne comme un lion en cage, se laissant filmée sans grand appétit par le jeune Dan Trachtenberg, tandis que bourdonne au-dehors la sourde menace venue d’ailleurs et se construit l’alléchant puzzle du monstre. « Le summum de l’horreur, c’est quand le monstre vous ressemble exactement » déclarait Jean Baptiste Thoret à l’occasion d’une conférence sur le monstre américain. L’héroïne se réfléchie alors dans l’œil de ce veilleur au paternalisme menaçant auquel le physique et le talent de John Goodman apporte son épaisseur. La notion même du monstre en devient malléable, son identité composite et hybride. Est-ce un molosse bienfaisant, ou un bienfaiteur malveillant ? Se refusant à demeurer plus longtemps dans cet obscurantisme identitaire, le récit file vers la sortie, dissolvant par la même le visage de la bête, afin de découvrir contre quel monde la fille de John McClane se destine finalement à entrer en guerre. Le temps également pour le spectateur de laisser sur son siège cette expérience claustrophobe dont il ne conservera sans doute pas d’impérissables souvenirs. (2.5/5)

10 Cloverfield Lane 210 Cloverfield Lane (États-Unis, 2016). Durée : 1h41. Réalisation : Dan Trachtenberg. Scénario : Damien Chazelle, Josh Campbell, Matthew Stuecken. Image : Jeff Cutter. Montage : Stefan Gruber. Musique : Bear McCreary. Distribution : Mary Elizabeth Winstead (Michelle), John Goodman (Howard), John Gallagher Jr. (Emmett)

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19 commentaires

  1. Tu touches juste, et comme tu le laisses entendre, le huis clos fuit de tous côtés ne nous asphyxiant jamais vraiment, sans que ne s’installe franchement de doute sur l’identité du Goodman ou du bad man. Comment ne pas penser à d’autres dispositifs autrement plus efficaces dans les espaces exigus : des jeunes femmes coincées dans les boyaux de la « descent » au malheureux convoyeur « buried » six pieds sous terre.

  2. Prince aussi était très mitigé sur ce Cloverfield nouvelle version, mais je ne sais pas pourquoi, je tenterais bien l’expérience…

  3. Si on exclut les quinze dernières minutes, le métrage tient à peu près la route. Je trouve pour ma part que le huit-clos fonctionne et que le personnage de Goodman laisse planer le doute tout le long.
    J’ose deviner que la contribution de Chazelle au script participe à la réussite de ce formidable antagoniste…

    1. En effet, comme la brillamment souligné notre Prince dans sa non moins brillante chronique (que je t’invite par ailleurs à découvrir de toute urgence), la griffe de Chazelle se ressent notamment à travers ce personnage de mogul auquel John Goodman donne parfaitement corps.
      Après, le film, dans l’ensemble, je m’y suis un peu ennuyé. Ça manque de génie.

  4. Comme je le disais chez Prince, un film déjà opportuniste pour faire une franchise à la Quatrième dimension sur du néant, les deux films n’ayant strictement aucun rapport entre eux. C’est juste fait pour toucher le même public et en particulier ceux croyant à une séquelle même légèrement indirecte. Vraisemblablement cela gêne peu de gens, moi j’appelle ça les prendre pour des pigeons. Les mêmes qui chient sur les BMW en masse dans Fight club. 😉 Le film est un huis clos correct jouant de l’ambiguité autour du personnage de John Goodman. Puis il y a ces vingt dernières minutes. Qui bousille tout le reste du film en faisant n’importe quoi et partant dans le décalque vulgaire d’un film de Spielby bien connu. On ne retiendra finalement pas grand chose de ce 10 Cloverfield lane, si ce n’est deux foutages de gueule pour le prix d’un.

    1. En effet, pas de quoi se relever la nuit, tant dans la filiation artificielle élaborée avec Cloverfield que dans la construction de ce tristounet huis-clos.

    1. Plutôt déçu pour ma part. Ça manque de quelque chose – vision d’auteur, d’écriture. Mais je te rejoins sur les 20 dernières minutes, un peu encombrantes.

  5. Je me suis fait avoir, peut-être par la communication monstrueuse autour du film et l’espoir de revoir ce que j’avais adoré dans Cloverfield. J’ai été plutôt bien surprise pendant la majorité du film, mais dès lors qu’il cherche à se rattacher absolument à l’univers, ça en devient à mourir de rire. Les 15 dernières minutes sont tellement ridicules, c’est dommage, c’était plutôt bien partit !

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